Croix de Mano Dayak



« Mon fils, par cette croix je te donne les quatre coins du monde,

parce qu'on ne peut pas savoir où l'on mourra »

Il existe vingt et une croix traditionnelles et une de création plus récente, la croix de Mano DAYAK, figure emblématique de la résistance touareg des années 90.

Cette dénomination regroupe des pièces de formes différentes dont la structure principale s’inscrit dans un losange ou un triangle.

Elles désignent une ville, un village, une oasis, et véhiculent ainsi des images et des histoires du pays touareg.

Quatre sont considérées comme originelles :

Zakat la croix d’Iférouane,

Tinfek celle d’In Gal,

Tenalet celle de Zinder

et enfin Tineghlet la fameuse croix d’Agadez.

La croix d’Agadez, certainement la plus connue,  a fait l’objet de nombreuses recherches. D’aucuns lui attribuent des origines égyptiennes, carthaginoises, voire chrétiennes. Cependant le terme croix ne renvoie cependant à aucune connotation religieuse qu’on lui a parfois injustement attribuée.

Les forgerons affirment qu’elle est à l’origine de tous les bijoux touareg. Ils racontent volontiers autour d’un thé, l’histoire de la fille d’un sultan touareg, très appréciée de tous, mais que son père n’autorisait personne à rencontrer. Un prétendant qui voulait lui faire parvenir un message galant, a demandé à un artisan de dessiner un bijou pour cette princesse, comme symbole de son amour. En tamashek l’amour se dit TARHA. Le forgeron  écrivit ce mot en tifinagh qui se lit ETA (+) ERA (O) et plaça les lettres verticalement.C’est à partir du graphisme obtenu  que le dessin de la célèbre croix a été dessiné.

Mais la princesse conquise voulut ajouter la lettre EKKA. Le nouveau mot ainsi composé TERAK signifie mariage, union, proximité.

Ce bijou connut un tel succès que désormais chaque futur époux se devait de le mettre dans « la valise » (ensemble de cadeaux, de pièces d’habillement et de  parfums offerts à  la fiancée), et dont la valeur pouvait équivaloir à celle d’un chameau !

Elle est appelée  « Ténégelt tan Agadez ». Tenégelt  signifie « issue de la fonte », ce qui fait référence à son processus de fabrication. L’artisan commence par fabriquer la croix en cire. Ensuite il recouvre cette forme avec du banco (terre mélangée à de l’argile et des crottes d’âne ou de chameaux).

Il ménage une « cheminée » au sommet de cette coque d’argile par laquelle l’argent en fusion sera coulé dans une étape suivante.La coque est ensuite séchée à l’air libre une ou deux heures.

Puis l’artisan fait fondre l’argent dans un godet qu’il place sur le feu et le recouvre  de braises. Avec son soufflet il active le foyer jusqu’à atteindre la température de fusion du métal. Dans le même temps, il pose au dessus des braises la coque séchée au soleil, ce qui fait fondre la cire qui se trouve à l’intérieur, et laisse en creux la forme de la croix. La cire est récupérée et sera réutilisée pour fabriquer une autre croix. Cette technique est dénommée « cire perdue ». Il coule alors l’argent liquide à l’intérieur de la coque, qui remplit la forme laissée par cire. Il la laisse reposer puis la plonge dans de l’eau froide pour finir de la refroidir. Il peut alors casser le moule d’argile et récupérer la croix ainsi formée. Elle est ensuite martelée, limée, ciselée et enfin polie.

Concernant les gravures bordant la croix d’Agadez, certains prétendent qu’elles représentent les constellations et qu’en son centre est dessiné un puits et des troupeaux qui s’y abreuvent. Ils relient ainsi ce bijou traditionnel aux étoiles qui permettent de s’orienter dans le désert, aux troupeaux, biens parmi les plus précieux pour ce peuple de nomades, et à l’eau si rare dans les étendues désertiques du Sahara.

 
 
 

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